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Passerelles Numériques – Education et technologie contre la pauvreté

Implantée en Asie du Sud-Est, l’ONG Passerelles Numériques s’est donné pour mission de permettre aux jeunes en situation de précarité d’accéder à une formation et un emploi dans un secteur porteur : l’informatique. L’organisation parcourt campagnes, rizières et bidonvilles à la recherche de jeunes ayant des capacités, de la motivation, mais n’ayant aucun accès à l’éducation supérieure. Pour ces jeunes, trois écoles ont vu le jour : la première au Cambodge en 2005, la deuxième aux Philippines en 2009 et la plus récente au Vietnam, fondée à Danang en 2010 en partenariat avec l’Université de Danang et l’ONG East Meets West. Au programme : informatique, anglais, et culture d’entreprise. GymGlish s’est rendu sur place, au centre de Danang Vietnam, qui a accueilli sa première promotion d’étudiants en septembre dernier.

Nous sommes accueillis à Danang par Hugues Hoang Faucheu et son épouse Ha (à droite sur la photo ci-contre), tous deux Français d’origine vietnamienne, et dirigeants fondateurs du troisième centre Passerelles Numériques. Enseignants de formation, Hugues et Ha sont devenus de véritables entrepreneurs, et sont investis dans tous les domaines : administration, enseignement, encadrement des professeurs et étudiants, infrastructure technique, hébergement, jusqu’à l’achat des vélos qui permettent aux étudiants de se rendre à l’école. Nous rencontrons la première promotion vietnamienne : trente jeunes d’environ 18-20 ans, dont plus de vingt filles, particulièrement défavorisées en matière d’accès à l’éducation. Concentrés, enthousiastes, selon toute vraisemblance conscients et ravis de cette chance qu’ils ont de faire partie du programme, les étudiants ne se font pas priés pour échanger avec nous quelques mots en anglais. “Passerelles Numériques permet à ces jeunes d’accéder à des emplois qualifiés, de faire sortir leurs familles de la pauvreté, grâce une formation en informatique adaptée aux besoins des entreprises locales, une bourse de vie complète et un soutien à la recherche d’emploi” explique Hugues. L’organisation travaille à réduire ce qu’on appelle ‘la fracture numérique’, c’est à dire le déficit de compétences et infrastructures techniques dans les pays en développement. Par l’éducation, elle favorise l’accès des populations pauvres aux opportunités de développement offertes par les technologies de l’information. Passerelles Numériques revendique son pragmatisme, et des objectifs concrets : au moins 90% des jeunes bénéficiaires des programmes doivent trouver un emploi qualifié qui permette à leur famille d’échapper durablement à la pauvreté.
Dans le cadre du partenariat que nous nouons avec Passerelles Numériques, GymGlish et notre partenaire Officience (qui a lancé GymGlish sur le marché vietnamien) offrirons les parcours d’anglais professionnel aux étudiants. Au delà de la pédagogie de l’anglais, c’est tout l’univers de l’entreprise que Hugues et son équipe souhaitent faire découvrir aux étudiants à travers GymGlish et l’histoire de la Delavigne Corporation. “Ces jeunes ne connaissent absolument pas le monde de l’entreprise, lequel se limite pour eux aux quelques grandes enseignes qu’ils aperçoivent tous les jours dans la rue”, commente Hugues. Les étudiants commenceront GymGlish dès leur deuxième semestre, encadrés par le professeur d’anglais déjà présent 3 fois par semaine. La contribution de GymGlish est relativement facile, nous offrons une technologie, des contenus, des parcours pédagogiques déjà conçus. Sans l’implication des enseignants et encadrants, ces ressources seraient probablement mal exploitées. Kentaro Toyama, professeur à l’école d’information de Berkeley Californie, nous rappelle dans le dernier numéro du Boston Review consacré à la question “La technologie peut-elle éliminer la pauvreté?” combien les technologies restent contingentes aux motivations et capacités des organisations qui cherchent à les utiliser. Selon Kentaro, les apports bénéfiques des technologies sont subordonnés à une capacité d’absorption des utilisateurs, capacité souvent absente du monde en développement. “Il est beaucoup moins douloureux d’acheter une centaine de milliers d’ordinateurs que de fournir une véritable éducation pour une centaine de milliers d’enfants” explique Kentaro. Jeremy Freedman, fondateur de Globalnomadic.com, spécialisé dans la mise en relation de volontaires et d’ONG triées sur le volet, résume ainsi son expérience sur le terrain : “la réussite de toute ONG dépend davantage des personnes qui la font fonctionner que des moyens techniques, logistiques et financiers à disposition”.
Dans la classe de Danang, chacun des trente jeunes dispose d’un ordinateur, et bénéficiera bientôt, entre autres ressources, d’une formation personnalisée à l’anglais par internet. Sans Hugues, Ha et son équipe d’encadrants, l’impact de cette technologie sur la réduction de la pauvreté serait bien incertain. Passerelles Numériques l’a compris, et dans son appel à contributions, parle davantage de ses besoins en intervenants, conférenciers, informaticiens, professeurs d’anglais (appel au ‘bénévolat ou mécénat de compétences*’), que de ses besoins financiers. Au prochain semestre, le centre de Danang doublera son effectif, et soixante jeunes issus des milieux précaires vietnamiens seront pris en charge par Hugues et Ha. A partir de 2012, ce sont 400 jeunes que l’organisation ambitionne de sortir de la pauvreté chaque année sur l’ensemble du Sud-Est asiatique. Tout semble indiquer qu’ils y parviendront, mais cela dépend aussi de notre générosité, pas nécessairement ouvrir notre porte-monnaie, mais donner de notre temps et de notre savoir-faire.
* Comment aider Passerelles Numériques?
Entreprises et particuliers pouvez soutenir Passerelles Numériques financièrement, ou vous inscrire dans les programmes de bénévolat et mécénat de compétences : apportez vos compétences, savoir-faire sur place pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Activités : enseignement de l’informatique, de l’anglais, mise en place d’ateliers pédagogiques divers (comme par exemple monter une pièce de théâtre), amélioration de l’infrastructure informatique du centre, etc. Informations et contacts ici.
Sur la première photo, de gauche à droite : Nguyễn Thành Nghĩa, responsable relations entreprises Nguyễn Thị Tuyền, professeur d’anglais, Hugues Hoang Faucheu et son épouse Ha, dirigeants du centre.

Apprentissage et motivation : l’union sacrée!

Education, formation professionnelle, e-learning

A l’heure où le gouvernement dit vouloir favoriser l’usage du numérique dans les écoles (cf rapport sur la promotion des nouvelles technologies à l’école février 2010), le débat semble davantage focalisé sur les ressources -humaines, pédagogiques, technologiques- d’un bon apprentissage que sur l’étudiant lui-même. Un nombre croissant d’acteurs de ce grand domaine de l’éducation -dont GymGlish fait partie, à sa modeste échelle- fondent leurs approches pédagogiques sur la motivation de l’étudiant, qu’ils considèrent comme le meilleur gage d’efficacité de l’apprentissage. La motivation stimule l’attention, l’assiduité, favorise la mémorisation et la pérennisation des acquis. Dans son livre ‘To Want To Learn’, Jackson Kytle*, docteur en psychologie sociale de l’université de Columbia à New-York, analyse ces liens étroits entre apprentissage et motivation sous un angle psychologique. Kytle attire l’attention sur deux grandes formes de motivation, qu’il estime indispensables à un apprentissage réussi : l’engagement social et l’implication psychologique.

L’engagement social fait référence à toutes les formes de profond engagement personnel dans une vie, comme par exemple le mariage, la conviction politique, religieuse, progresser dans la pratique d’un sport, la recherche d’un meilleur job, ou encore l’envie d’apprendre. En France, la législation sur la formation professionnelle impose aux entreprises de financer la montée en compétences des salariés. Cette disposition, assez unique dans le monde, est cohérente : la formation bénéficie autant à l’entreprise qu’au salarié lui-même, il est normal que l’entreprise la favorise. Mais en donnant l’initiative de la formation à l’employeur plutôt qu’à l’individu, favorise-t-on l’engagement social de ce dernier? A l’étranger, les formations professionnelles générales ‘non métiers’, comme la formation à l’anglais par exemple, sont à l’initiative de l’individu et non de son employeur. Conséquence : les problèmes d’assiduité, et en aval d’efficacité des formations, y sont moindres. L’engagement social décrit par Kytle est présent, et joue son rôle. L’apprentissage, financé ou non par l’entreprise, a besoin de l’envie d’apprendre.

L’implication psychologique est décrite dans le livre comme un ‘état d’attention soutenue, focalisée et accompagnée d’une humeur élevée’. En d’autres termes : être ‘dedans’, et prendre plaisir! “Rester motivé face à la distraction et la fatigue est un challenge quotidien” nous explique Kytle avec bon sens. La grande majorité des situations d’apprentissage ignore hélas complètement cette (in)capacité de l’esprit humain à rester concentré. “Un emploi du temps universitaire suppose, implicitement et incorrectement, que chaque heure de la journée apporte la même énergie, atmosphère et attention à la fois aux élèves et aux professeurs” commente Kytle. “Les valeurs financières supplantent les valeurs éducatives dans les discussions sur l’éducation contemporaine”, poursuit l’auteur. Il ne suffit donc pas de permettre l’accès à l’école, aux formations, aux ressources pédagogiques, il faut en plus s’adapter à la capacité de l’étudiant à rester concentré et motivé. Or cette capacité est limitée, la nature humaine étant ainsi faite.

Très théoriques, ces notions confortent nos intuitions et notre choix de placer la motivation au cœur de la pédagogie GymGlish. Notre recette : un apprentissage qui vient à l’étudiant (par email), concis au quotidien (10-15 minutes), focalisé sur les attentes et besoins avérés de chaque étudiant (personnalisation par intelligence artificielle), et une bonne grosse dose d’humour pour que l’expérience soit ‘fun’ et spontanément renouvelée dans le temps (www.delavignecorp.com). Après 6 ans et des dizaines de milliers de personnes formées, nous pouvons le dire : la recette fonctionne. Ce n’est qu’une recette parmi d’autres, et beaucoup restent à inventer. Le savoir est chaque jour plus accessible grâce à internet. Pour autant cette abondance de moyens et ressources ne le rend pas plus facile à absorber. Plutôt que de s’attacher à nous mettre à disposition une palette toujours plus foisonnante d’outils, supports, médias et ressources, l’innovation, notamment dans le ‘e-learning’, devrait s’intéresser un petit peu à comment nous faire ‘kiffer’. Alors on va apprendre plein de choses. Yes we want!

* To Want to Learn: Insights and Provocations For Engaged Learning (Palgrave Macmillan, 2004), Jackson Kytle