Work Sweet Work

Comment créer son entreprise en une après-midi

(Auto-)entrepreneuriat, création d’entreprise, emploi

Charlotte n’en peut plus de son boulot. Depuis des années elle vient tous les jours du 93 tenir boutique dans les beaux quartiers parisiens pour une grande enseigne américaine de la pizza. Charlotte est ‘Assistant Manager’, ce qui lui vaut l’honneur de tout gérer : les ouvertures, fermetures, approvisionnements, commandes, les pizzas bien-sûr, les livreurs et leurs mobylettes, les clients et des objectifs de ventes !

Les horaires sont pratiques, de 10h à 15h puis de 18h à minuit, les jours travaillés changent d’une semaine à l’autre pour préserver la surprise, les week-ends ne sont pas épargnés et cette année Charlotte n’a pu poser ses vacances en juillet ou août. La rémunération est au rendez-vous, avec un fixe qui vient loger Charlotte dans la catégorie très convoitée des gens qui gagnent un peu plus que le SMIC. Gestion très humaine des ressources humaines, et les résultats sont là : ces pizzas américaines sont décidément délicieuses. Charlotte voudrait donc changer de job. Mais que faire ? C’est la crise, le monde va mal, les états menacent de faire faillite, le marché de l’emploi est morose. Du moins c’est ce que l’on entend. Ne serait-ce pas une folie de changer de travail sous ce climat ? Pas nécessairement. Voici comment, en une après-midi et sans démissionner, Charlotte devient auto-entrepreuneuse et ouvre boutique.

13 heures : choisir son activité. Changer de travail d’accord, mais que faire ? Petit état des lieux : Charlotte a un brevet d’éducation sportive et jeunesse ; une spécialité, la danse ; une passion, la danse ; une expérience qui lui a plu, l’enseignement de la danse. La danse n’est certes pas particulièrement connue pour ses opportunités d’emplois. Mais pourquoi le marché du travail, la conjoncture des secteurs, postes et qualifications où se trouvent les CDI seraient-ils seuls à guider nos choix professionnels ? Bonne nouvelle : nos passions, envies et savoir-faire très personnels sont, indépendamment de ce marché de l’emploi, également très légitimes pour orienter nos trajectoires. Ils sont gages de motivation, d’engagement professionnel, et donc des vecteurs de bien-être et de succès. Charlotte pourrait aller chercher le grade et salaire de ‘Manager’ de boutique de pizzas, ce serait la trajectoire recommandée par les plus raisonnables, et par le marché de l’emploi. Mais Charlotte s’épuise au travail, ne s’épanouit pas, n’a plus de temps pour elle et ne gagne même pas confortablement sa vie. Il faut changer, trouver une énergie nouvelle. C’est décidé, Charlotte recherchera une activité liée à la danse.

14 heures : identifier un marché. Comment gagner de l’argent avec une passion ou un savoir-faire ? C’est sympathique la danse, mais Charlotte a des factures à payer, des responsabilités, elle ne peut se permettre de gagner moins qu’aujourd’hui. Elle pourrait devenir professeur de danse dans un établissement public ou privé, mais les postes semblent rares et les candidats nombreux. Et puis c’est la crise, et cætera. N’y aurait-il pas une piste plus sûre ? Autre bonne nouvelle : il y a tout de même de l’argent en France. Si certains s’endettent, d’autres placent. Les inégalités s’accroissent nous dit-on, c’est donc que des masses importantes d’argent s’entassent ici et là, dans certaines entreprises, chez certains particuliers. Avec notre passion ou savoir-faire, il serait opportun de leur proposer un service ou produit . Une démarche entrepreneuriale très pragmatique : aller chercher l’argent où il se trouve. Par exemple, Charlotte pourrait proposer des cours de danse à domicile aux habitants des quartiers dans lesquels elle vend des pizzas. Ces Parisiens disposent de ressources financières confortables, sont souvent eux-mêmes très engagés dans leurs activités professionnelles, certains seraient ravis d’un service personnalisé de remise en forme. D’ailleurs nous n’inventons rien, le coaching sportif à domicile est en vogue . Charlotte saurait proposer un service de qualité, personnalisé donc à forte valeur ajoutée, en l’échange duquel elle pourrait recevoir une rémunération confortable pour elle, et raisonnable pour ses clients. Charlotte ne sort pas d’une école de commerce, pourtant elle a identifié un marché, une demande, une source réaliste de revenus. Avec un tel positionnement, elle peut espérer doubler son salaire actuel en travaillant deux fois moins, en aménageant elle-même son emploi du temps, et en faisant ce qu’elle aime.


15 heures : déclarer son activité. Charlotte a maintenant besoin d’une existence légale, une structure pour exercer. Pour cela encore une bonne nouvelle, Charlotte peut désormais devenir auto-entrepreneuse. Munie d’un ordinateur, d’une connexion à internet, de son numéro de sécurité sociale et d’une carte d’identité numérisée, Charlotte va créer son auto-entreprise en quelques clics. Elle se rend sur le site du Centre de Formalité des Entreprises. Le formulaire est relativement simple et rapide à remplir. Charlotte renseigne ses données personnelles, décrit succinctement sa future activité (‘services à la personne de coaching sportif à domicile’), indique son statut actuel de salariée, choisit ‘chez le client’ comme lieu de travail, opte pour un régime fiscal de prélèvement libératoire mensuel calculé sur le chiffre d’affaires, ce qui simplifiera grandement ses futurs enjeux fiscaux. Elle joint sa copie de carte d’identité, et clic, le dossier est posté. Charlotte reçoit immédiatement un numéro de dossier, et pourrait déjà commencer à exercer, sa société est en cours d’immatriculation. Elle recevra son numéro SIRET seulement deux semaines plus tard. Son auto-entreprise est née, elle est domiciliée à son adresse personnelle, fonctionne sur son compte bancaire personnel, et peut faire jusqu’à 32 mille euros de chiffres d’affaires sous ce statut. Charlotte ne paiera aucun impôt tant qu’elle ne gagnera rien, elle a conservé son statut de salariée, son emploi, les revenus et couvertures qui vont avec. On critique souvent la bureaucratie française, mais là chapeau ! Sans infrastructure, en moins d’une heure et sans dépenser un sou, Charlotte a créé une entreprise.

16 heures : ouvrir boutique. L’administration publique est donc désormais de notre côté. . Bonne nouvelle encore : la technologie aussi ! Internet et quelques uns de ses acteurs vont nous permettre de créer une infrastructure en quelques heures. Première étape, Charlotte crée une adresse email professionnelle sur gmail. Une fois inscrite, elle accède gratuitement à une riche palette d’outils : un agenda, un espace ‘Documents’ dans lequel elle pourra créer et sauvegarder ses factures, tableaux de chiffres, stocker différents fichiers (etc). Charlotte dispose également d’un outil pour créer et mettre en ligne des sites web sans compétence informatique : Google Sites. C’est sa deuxième étape : créer un site web. En quelques heures, Charlotte conçoit un site simple : une ‘home page’ avec une photo et une description succincte de ses services, une page de tarifs et une page contact. Charlotte sera prévenue par email de la réception de toute nouvelle demande, et son fichier de contacts se remplira automatiquement avec les noms et coordonnées de tous ses prospects. Certes Google saura tout sur l’entreprise de Charlotte, rien n’est véritablement gratuit, mais voilà Charlotte équipée, et elle a du ‘matériel’ de Pros !. Troisième étape : acheter un nom de domaine, soit une enseigne/adresse sur internet. Charlotte se rend sur l’un des nombreux sites d’achat de noms de domaine, gandi.net par exemple, et achète pour une douzaine d’euros l’URL* www.charlotte-coach-sportif.com, qu’elle peut rediriger en un clic sur le site qu’elle vient de concevoir. L’auto-entreprise de Charlotte a son site web, et peut désormais communiquer en ligne. Il lui faut pouvoir communiquer hors ligne maintenant. Quatrième étape : se procurer des cartes de visite. Sur l’un des nombreux sites d’impressions de cartes, moo.com par exemple, Charlotte choisit un design, saisit ses coordonnées, clique, ‘drag-and-drop’, met en page, et commande l’impression de 250 cartes pour une cinquantaine d’euros. Pour ces quelques heures et dizaines d’euros investis, Charlotte dispose dorénavant d’un service de courrier, d’un agenda, d’une boutique et d’un guichet ouverts 24 heures sur 24 sur le net, une véritable infrastructure logicielle une base de données, le tout accessible à tout moment depuis son ordinateur ou son smartphone. Charlotte a a un bureau opérationnel pour communiquer, recevoir, présenter, stocker, une enseigne, et elle et a déjà ouvert boutique.

Il est 20 heures, Charlotte a assez bossé pour aujourd’hui. Et la route reste longue. Demain il faudra concevoir des programmes de cours, et surtout trouver des clients. D’après le rapport officiel deux ans après la mise en place du statut, 73% des auto-entrepreneurs auraient déjà facturé quelque chose, et seulement ⅓ d’entre eux estimeraient avoir pris un risque avec leur auto-entreprise. Dans un marché de l’emploi morose, l’auto-entrepreneuriat semble une alternative crédible. Et la technologie ne nous a jamais rendu autant de services professionnels pour aussi peu d’argent et d’équipements. Alors il y aura toujours mille voix pour nous mettre en garde, nous rappeler que les choses ne sont pas aussi faciles, qu’on ne trouve pas une idée en deux heures, qu’on ne crée pas une entreprise en une après-midi, nous rappeler que tout cela est périlleux, et de façon générale qu’on ne fait pas toujours ce qu’on veut ! On ne peut leur en vouloir, ces voix sont protectrices. Pour le moins il semble qu’il n’ait jamais été aussi facile de tenter le coup quand même.

* URL (d’après Wikipédia) : Le sigle URL (de l’anglais Uniform Resource Locator, littéralement « localisateur uniforme de ressource »), auquel se substitue informellement le terme adresse web, désigne une chaîne de caractères utilisée pour adresser les ressources du World Wide Web.

Passerelles Numériques – Education et technologie contre la pauvreté

Implantée en Asie du Sud-Est, l’ONG Passerelles Numériques s’est donné pour mission de permettre aux jeunes en situation de précarité d’accéder à une formation et un emploi dans un secteur porteur : l’informatique. L’organisation parcourt campagnes, rizières et bidonvilles à la recherche de jeunes ayant des capacités, de la motivation, mais n’ayant aucun accès à l’éducation supérieure. Pour ces jeunes, trois écoles ont vu le jour : la première au Cambodge en 2005, la deuxième aux Philippines en 2009 et la plus récente au Vietnam, fondée à Danang en 2010 en partenariat avec l’Université de Danang et l’ONG East Meets West. Au programme : informatique, anglais, et culture d’entreprise. GymGlish s’est rendu sur place, au centre de Danang Vietnam, qui a accueilli sa première promotion d’étudiants en septembre dernier.

Nous sommes accueillis à Danang par Hugues Hoang Faucheu et son épouse Ha (à droite sur la photo ci-contre), tous deux Français d’origine vietnamienne, et dirigeants fondateurs du troisième centre Passerelles Numériques. Enseignants de formation, Hugues et Ha sont devenus de véritables entrepreneurs, et sont investis dans tous les domaines : administration, enseignement, encadrement des professeurs et étudiants, infrastructure technique, hébergement, jusqu’à l’achat des vélos qui permettent aux étudiants de se rendre à l’école. Nous rencontrons la première promotion vietnamienne : trente jeunes d’environ 18-20 ans, dont plus de vingt filles, particulièrement défavorisées en matière d’accès à l’éducation. Concentrés, enthousiastes, selon toute vraisemblance conscients et ravis de cette chance qu’ils ont de faire partie du programme, les étudiants ne se font pas priés pour échanger avec nous quelques mots en anglais. “Passerelles Numériques permet à ces jeunes d’accéder à des emplois qualifiés, de faire sortir leurs familles de la pauvreté, grâce une formation en informatique adaptée aux besoins des entreprises locales, une bourse de vie complète et un soutien à la recherche d’emploi” explique Hugues. L’organisation travaille à réduire ce qu’on appelle ‘la fracture numérique’, c’est à dire le déficit de compétences et infrastructures techniques dans les pays en développement. Par l’éducation, elle favorise l’accès des populations pauvres aux opportunités de développement offertes par les technologies de l’information. Passerelles Numériques revendique son pragmatisme, et des objectifs concrets : au moins 90% des jeunes bénéficiaires des programmes doivent trouver un emploi qualifié qui permette à leur famille d’échapper durablement à la pauvreté.
Dans le cadre du partenariat que nous nouons avec Passerelles Numériques, GymGlish et notre partenaire Officience (qui a lancé GymGlish sur le marché vietnamien) offrirons les parcours d’anglais professionnel aux étudiants. Au delà de la pédagogie de l’anglais, c’est tout l’univers de l’entreprise que Hugues et son équipe souhaitent faire découvrir aux étudiants à travers GymGlish et l’histoire de la Delavigne Corporation. “Ces jeunes ne connaissent absolument pas le monde de l’entreprise, lequel se limite pour eux aux quelques grandes enseignes qu’ils aperçoivent tous les jours dans la rue”, commente Hugues. Les étudiants commenceront GymGlish dès leur deuxième semestre, encadrés par le professeur d’anglais déjà présent 3 fois par semaine. La contribution de GymGlish est relativement facile, nous offrons une technologie, des contenus, des parcours pédagogiques déjà conçus. Sans l’implication des enseignants et encadrants, ces ressources seraient probablement mal exploitées. Kentaro Toyama, professeur à l’école d’information de Berkeley Californie, nous rappelle dans le dernier numéro du Boston Review consacré à la question “La technologie peut-elle éliminer la pauvreté?” combien les technologies restent contingentes aux motivations et capacités des organisations qui cherchent à les utiliser. Selon Kentaro, les apports bénéfiques des technologies sont subordonnés à une capacité d’absorption des utilisateurs, capacité souvent absente du monde en développement. “Il est beaucoup moins douloureux d’acheter une centaine de milliers d’ordinateurs que de fournir une véritable éducation pour une centaine de milliers d’enfants” explique Kentaro. Jeremy Freedman, fondateur de Globalnomadic.com, spécialisé dans la mise en relation de volontaires et d’ONG triées sur le volet, résume ainsi son expérience sur le terrain : “la réussite de toute ONG dépend davantage des personnes qui la font fonctionner que des moyens techniques, logistiques et financiers à disposition”.
Dans la classe de Danang, chacun des trente jeunes dispose d’un ordinateur, et bénéficiera bientôt, entre autres ressources, d’une formation personnalisée à l’anglais par internet. Sans Hugues, Ha et son équipe d’encadrants, l’impact de cette technologie sur la réduction de la pauvreté serait bien incertain. Passerelles Numériques l’a compris, et dans son appel à contributions, parle davantage de ses besoins en intervenants, conférenciers, informaticiens, professeurs d’anglais (appel au ‘bénévolat ou mécénat de compétences*’), que de ses besoins financiers. Au prochain semestre, le centre de Danang doublera son effectif, et soixante jeunes issus des milieux précaires vietnamiens seront pris en charge par Hugues et Ha. A partir de 2012, ce sont 400 jeunes que l’organisation ambitionne de sortir de la pauvreté chaque année sur l’ensemble du Sud-Est asiatique. Tout semble indiquer qu’ils y parviendront, mais cela dépend aussi de notre générosité, pas nécessairement ouvrir notre porte-monnaie, mais donner de notre temps et de notre savoir-faire.
* Comment aider Passerelles Numériques?
Entreprises et particuliers pouvez soutenir Passerelles Numériques financièrement, ou vous inscrire dans les programmes de bénévolat et mécénat de compétences : apportez vos compétences, savoir-faire sur place pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Activités : enseignement de l’informatique, de l’anglais, mise en place d’ateliers pédagogiques divers (comme par exemple monter une pièce de théâtre), amélioration de l’infrastructure informatique du centre, etc. Informations et contacts ici.
Sur la première photo, de gauche à droite : Nguyễn Thành Nghĩa, responsable relations entreprises Nguyễn Thị Tuyền, professeur d’anglais, Hugues Hoang Faucheu et son épouse Ha, dirigeants du centre.

Externalisation au Vietnam – L’exemple, l’aventure, la cause d’Officience

Entrons dans les locaux d’Officience à Ho-Chi-Minh-ville, au Vietnam, et mettons un visage sur le concept d’externalisation vers les pays émergents. Au premier abord abstrait, ce concept est devenu pratique courante dans notre économie globalisée. Officience est spécialisée dans l’externalisation au Vietnam de divers services de saisie, traitement de données, tests, compilations de rapports, suivis administratifs, développements logiciels… L’entreprise a été fondée en 2005 par Duc Ha Duong et Cao Phong Duong, deux ‘Viet-Kieu’, c’est à dire des Vietnamiens de la diaspora. Dans les années 70, après la guerre et l’installation du régime communiste dans un Vietnam réunifié, des milliers d’intellectuels, artistes, entrepreneurs fuient le pays pour l’occident, et principalement la Californie, la France et le Canada. Trente ans plus tard, nombre d’entre eux reviennent, avec la ferme intention de contribuer au développement d’un Vietnam en ébullition. Duc et Cao Phong sont de ceux-là. Nés et éduqués en France, devenus cadres supérieurs dans des grands groupes français, ils décident de quitter leurs confortables salaires et cocons parisiens pour aller fonder une entreprise à l’autre bout de la terre. Deux Français laissent deux places vacantes en France, se délocalisent eux-mêmes, non pour s’enrichir, mais pour apporter leur petite contribution au Vietnam, au monde, et créer des emplois.

A regarder la file de mobylettes alignées à l’entrée du siège d’Officience, Duc et Cao Phong en ont créé un paquet des emplois depuis 2005. Cent-cinquante personnes, dont une vingtaine de managers travaillent dans des conditions équivalentes sinon meilleures que dans la plupart des entreprises françaises. Les bureaux sont modernes, spacieux, une grande cantine rassemble les employés chaque midi au rez-de-chaussée. Des canapés, une terrasse et une table de ping-pong les y attendent pour digérer, jouer, se reposer. Après le déjeuner, la cantine se transforme en classe d’anglais, une quinzaine de jeunes Vietnamiennes viennent s’assoir, écoutent et participent activement au cours, à la fois studieuses et amusées. Puis toutes remontent dans les étages pour reprendre leur travail, probablement saisir, éditer des documents, ou développer des sites web pour le compte de grands groupes européens.

Pour Duc, proposer des services dits à moyenne valeur ajoutée ne correspond pas seulement à une demande du marché : “nous aurions pu faire travailler quinze personnes très qualifiées sur des technologies de pointe ou autres services à forte valeur ajoutée. Le Vietnam dispose aussi de ce type de ressources, et le marché est demandeur, mais nous n’aurions alors contribué à la société vietnamienne qu’à hauteur de quinze salaires élevés, soutenant quinze foyers aisés, très friands qui plus est de biens étrangers, un Ipod, un écran Sony, une Mercedes, soit une consommation qui n’enrichit pas le Vietnam”. Au lieu de cela, Officience emploie, forme et fait vivre plus de cent-cinquante personnes avec des salaires moyens, soutenant plus de cent foyers d’origines modestes. Ceux-ci consomment Vietnamien, et développent bien davantage le tissu économique local, nous explique Duc.

Ces emplois vietnamiens se sont-ils créés au détriment d’emplois européens ? Externalisation peut aussi vouloir dire délocalisation, et les conséquences sociales dans les pays développés sont souvent désastreuses. Vagues répétitives de licenciements, agglomérations entières privées subitement de leurs moteurs d’emplois historiques. L’expérience d’Officience est autre, peut-être propre à son secteur d’activité : “Le volume d’activité précédemment effectué dans des pays développés et qui a été relocalisé au Vietnam représente moins de 10% de l’activité totale. Tout le reste est de l’activité nouvelle, originale”, nous explique Duc, “l’offshoring n’est pas une menace pour les sociétés européennes, mais plutôt une chance pour elles d’améliorer leur performance, de développer de nouvelles sources de revenus, et de permettre à ses employés « onshore » de se concentrer sur les valeurs ajoutées les plus fortes, le développement plutôt que les tests, la relation client plutôt que la compilation des rapports.” Chez GymGlish, notre expérience avec Officience est justement celle de la création d’activité nouvelle, originale, et du développement de nouvelles sources de revenus. L’équipe d’Officience a orchestré seule le lancement sur le marché vietnamien de notre solution de formation professionnelle à l’anglais. Grâce au dynamisme et à la créativité de l’équipe, le site gymglish.vn compte déjà plus de 100.000 membres.

Au dernier étage du bâtiment se trouvent les bureaux des managers, parmi lesquels d’autres Viet-Kieu venus comme Duc et Cao Phong apporter leurs énergies et idées au développement du Vietnam. Chose étrange, seul le PDG n’est pas installé au dernier étage : Duc s’est encore délocalisé, au rez-de-chaussée cette fois, dans un étroit bureau adossé à la cantine, pour éviter à son assistante blessée de gravir béquilles aux bras les trois étages du bâtiment. Tous les patrons n’auraient pas fait cela. Alors lorsque que l’un d’entre eux traite avec tant de sensibilité ses collaborateurs, il y a toutes les chances qu’il en fasse de même pour ses clients. Officience donne à l’externalisation vers les pays émergents un visage de coopération dans un monde de compétitivité. Ce n’est qu’un visage parmi d’autres, mais il est porteur de sens, et la compétitivité est au rendez-vous.

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