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The easiest way to make a million dollars

Entrepreneuriat, Start-Ups et Levées de fond – Chapitre 2


Notre post du 12 février dernier (‘Combien avons-nous besoin des VCs?’), sur le caractère non-indispensable des levées de fond pour les jeunes sociétés innovantes, a été relayé plusieurs fois dans la presse (Le nouvel économiste, Le Figaro, Le Journal Du Net…). Nous recevons jusqu’à ce jour de nombreux retours, parmi lesquels deux excellents articles d’outre-atlantique sur ce même sujet : ‘The Rise of the Fleet-Footed Start-Up’ du New-York Times, et ‘Ditch the Biz Plan, Buy a Lottery Ticket*’ de Techcrunch.com. Même les Américains, champions du monde incontestés de la levée de fonds, semblent d’accord avec nous!

Devant un tel succès, voici le chapitre 2, plus court, et sous la forme d’une petite devinette. Celle-ci nous vient de la Silicon Valley, et nous est confiée par notre ami Johannes Pohle. Diplômé de l’université de Stanford Californie, Johannes co-fonde en 1999 la société de publicité en ligne AllAdvantage.com, devenue célèbre par son slogan “Get Paid to Surf the Web”. En moins de 18 mois, Johannes et ses associés lèvent 200 millions de dollars, recrutent plus de 800 salariés, ouvrent des bureaux un peu partout sur le globe et attirent plus de 10 millions de membres sur leur site devenu l’un des 20 sites les plus visités au monde. En mars 2000, AllAdvantage est à l’aube de s’introduire en bourse lorsque la bulle internet éclate. L’IPO est annulée, tout s’effondre, les investisseurs cessent d’investir, et AllAdvantage, qui ne peut plus assumer ses copieux coûts de fonctionnement, ferme boutique en février 2001, moins de deux ans après sa création. Riche de cette expérience, Johannes continue d’entreprendre et fonde de nombreux sites qui fonctionnent encore aujourd’hui. Mais en ‘solo’ cette fois, sans VCs, et sans salariés. Alors Johannes, cette devinette? “What’s the easiest way to make a million dollars?’. Réponse : “Start with three”.

* Traductions :
‘What’s the easiest way to make a million dollars?’ : Quel est le moyen le plus facile de faire un million de dollars?
‘Start with three’ : Commencez avec trois (millions de dollars).
‘VC’ : Venture Capitalist, investisseur en capital risque.
‘The Rise of the Fleet-Footed Start-Up’ : L’essor de la start-up agile et sans chi-chi (!?)
‘Ditch the Biz Plan, Buy a Lottery Ticket’ : Laissez tomber le ‘business plan’, achetez plutôt un billet de lotterie
‘IPO (Initial Public Offering)’: Introduction en bourse

Entrepreneuriat – Combien avons-nous besoin de VCs et de levées de fond?

A fréquenter différents cercles d’entrepreneurs, créateurs d’entreprise, étudiants porteurs de projets, incubateurs et autres organisations d’aides en tous genre, il est intéressant de constater que le spectre des stratégies en matière de financement des projets dits innovants est assez monolithique : ‘levée de fonds’ est sur toutes les lèvres, tous les projets semblent en avoir besoin.
Alors la levée de fond est-elle fondamentalement un passage obligé?

L’innovation et la création d’entreprise ont indéniablement besoin de capitaux. Nous regardons pantois le modèle anglo-saxon, ce dynamisme d’entrepreneurs et de financiers qui permet à quelqu’un qui a une bonne idée mais pas d’argent de trouver des fonds pour développer sa bonne idée. Et comment ne pas penser à Google, qui doit ses premières années de vie sans revenus au soutien de ses investisseurs. Ne remettons donc pas en cause la légitimité de la levée de fond en tant que telle, ni l’importance de tous les acteurs qui l’entourent. Pour autant le recours à la levée des fonds ne nous semble pas indispensable pour tous les projets, fussent-ils jeunes et innovants. Quelques pistes de réflexion :

Time to market. Combien de temps pour commencer à vendre quelque chose?
Commençons par le vieil adage : le temps c’est de l’argent. Alors moins de temps, moins d’argent je suppose. Si je lance mon produit 6 mois plus tôt que prévu, même non finalisé et en version dite ‘pilote’, j’économise 6 mois de frais de développement. Aller vite au marché ne permet pas uniquement de contenir mes coûts de lancement, je génère aussi mes premiers revenus, mes premières références, et les premiers retours. Soumettre mon produit tôt au marché, à la critique, aux suggestions, aux améliorations est finalement un itinéraire sûr, et moins cher. Et n’ayons pas peur de le vendre. Même en version pilote, mon produit a une valeur ajoutée déjà, donc un prix.

Time management. Chercher des investisseurs ou chercher des clients?
Changeons d’adage : le temps, c’est précieux. Je suis au début de mon aventure, c’est pas le moment de m’enliser. Chercher des fonds, sachons-le, va prendre beaucoup de temps, et c’est incertain. Il faut identifier, contacter, prendre rendez-vous, rédiger et mettre à jour des documents en permanence, discuter, négocier, attendre, rediscuter, etc. Selon les sommes recherchées, selon les projets, contextes, ne serait-il pas plus intéressant d’aller chercher l’argent chez les clients? La question se pose, en particulier si le ‘time-to-market’ est court. Le financement par les clients peut être vigoureux, suffisant, et il est gage de pérennité pour l’entreprise car il vous oblige à être rentable. Et puis il ne touche pas au capital, les pouvoirs et libertés des fondateurs sont intacts. C’est incertain aussi, certes. Mais pourquoi un client serait-il plus difficile à convaincre qu’un investisseur?

Business model. Pourquoi le figer?
De nombreux modèles économiques présentent un genre d’effet de seuil : il faut d’abord acquérir une certaine quantité de trafic, de clients, produits, achats ou autres volumes en tous genres, pour que le business modèle fonctionne et assure revenus et rentabilité à l’entreprise. Ainsi organise-t-on une ou plusieurs levées de fonds pour survivre le temps de grossir et d’atteindre ces volumes. Mais pourquoi ne pas démarrer avec un modèle économique différent, temporaire au pire, me permettant d’être rentable avec de petits volumes? Je pourrai toujours évoluer ensuite, fort de ma première expérience. Par exemple je commence à vendre un service autour de mon expertise, puis je vendrai le produit même de mon expertise une fois développé. Le modèle économique d’une entreprise a le droit d’évoluer, et d’être tordu si cela permet de financer ses premières années de vie. Pour le moins les effets de seuil ne s’attaquent pas uniquement à coups de millions injectés en augmentation de capital.

Big or great. Combien croître?
On se demande souvent comment croître, mais on se demande rarement combien croître. Après tout, combien je veux devenir gros pour être content? Ai-je envie de beaucoup d’employés, de revenus, d’associés, de boutiques, de filiales, d’acquéreurs? Est-ce que je veux devenir leader? Ai-je besoin de devenir leader pour survivre sur mon marché? Beaucoup de marchés sont suffisamment gros ou atomisés pour accueillir de petits acteurs. Peut-être puis-je vendre cher à peu de clients bien bichonnés, fidèles et reconnaissants, ce que j’aurais aussi pu vendre moins cher à des quantités industrielles d’autres clients. Qu’est-ce qui est le mieux? Cela dépend de moi et du quotidien que j’ai envie d’avoir. Les levées de fonds sont fondées sur la croissance future, mais ai-je les mêmes envies de croissance que mon investisseur? Après tout, c’est moi qui suis au turbin. Devenir une ‘big’ boîte? Je ne sais pas, j’ai surtout envie qu’elle soit ‘great’ ma boîte.

Réitérons-le, l’économie, l’innovation et la création d’entreprise ont indéniablement besoin de capitaux. Mais les chemins possibles sont probablement bien plus variés qu’il n’y parait. La levée de fonds est un chemin parmi d’autres. La création d’entreprise n’est pas une, elle peut prendre bien des formes et couleurs différentes. Elle est à l’image des femmes et des hommes qui l’entreprennent, de leurs personnalités et de leurs envies. Alors quitte à franchir ce pas de la création, partir de rien, seuls, prendre des risques et s’aventurer ainsi, chers entrepreneurs, gardons tout de même la liberté de choisir nous-mêmes ces formes et couleurs à donner à nos vies.